Il était une fois, une fée prénommée Alphabia. 
Comme toutes les fées, elle avait de nombreux pouvoirs magiques pour émerveiller le monde, le rendre plus beau, plus gai et plus agréable. Elle était très appréciée et usait de sa magie pour
répandre du bonheur sur la terre.
Mais un jour, la planète où elle vivait traversa une grande crise de déprimose. Cette maladie est très grave: les gens sont tristes, ont peur de tout et se sentent malades. Le climat en est
aussi affecté : le ciel devient tout gris, il fait froid et les gens s'enferment chez eux.
Alphabia, voyant cette crise arriver, décida qu'elle traverserait l'épidémie sans en être atteinte. Elle usa de sa magie pour répandre encore plus de bonheur sur la terre et empêcher la
mélancolie des habitants. Malheureusement, sa magie, n'était pas suffisante pour lutter contre la contagion et très vite, elle s'épuisa.
Elle resta seule , errant et observant les habitants qui broyaient du noir. A chaque coin de rue elle pouvait observer la morosité ambiante. Le pire, c'est que plus les gens déprimaient, plus ils
se plaignaient et plus les gens se plaignaient, plus ils déprimaient: la déprimose s'installait plus sévèrement chaque jour parmi la population.
Alphabia, malgré ses efforts pour rester joyeuse, ne tarda pas à être touchée, elle aussi. Elle voyait que sa magie ne servait plus à rien face au fléau qui régnait, elle se sentait inutile et se
mit à déprimer. Rien ne pouvait plus enrayer sa tristesse, ses angoisses et ses mauvaises pensées, elle souffrait chaque jour de douleurs diffuses dans son corps et ne cessait de pleurer.
Elle décida alors de s'enfermer dans une boite pour toujours. Elle avait l'impression qu'ainsi, elle supporterait mieux la douleur.
Le temps passa et Alphabia vécut sans lumière au fond de sa boite. Elle broyait du noir et vivait dans le noir, la déprimose ne la quittait pas. Elle ne voyait personne et ne voulait voir
personne. Elle en vint même à se demander si le monde extérieur et la joie tels qu'elle les avait connus avaient vraiment existé.
Un jour, un écureuil vint se promener sur sa boite. Ne sachant pas ce qu'elle contenait, il décida d'y faire sa maison et commença à ronger le couvercle. Bientôt, un trou fut percé, le soleil
pénétra et vint réveiller Alphabia. Le grand air du dehors s'engouffrait autour d'elle et elle fut saisie de froid. Surprise et saisie par cette intrusion, Alphabia bondit hors de sa boite et se
retrouva à l'air libre, cédant sa place à l'écureuil, bien content de se pelotonner dans son nouvel habitat.
Dehors, elle put observer la déprimose qui continuait de faire rage parmi la population. Le ciel, toujours sombre, était
rempli de gros nuages qui devenaient plus noirs encore avec le temps qui passait. Le vent soufflait et elle décida de se réfugier près d'un grand chêne qui se trouvait non loin de là.
Se blottissant entre les racines de l'arbre, elle fut dérangée par un objet qui lui piquait le dos. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle découvrit sa baguette magique! Cette dernière était
encore toute recouverte de poussière de bonheur qu'elle avait tenté de disséminer avant de tomber malade. Secouant sa baguette, elle fit tomber un peu de poudre sur ses genoux et fut
instantanément guérie.
Revigorée, Alphabia alla observer les environs et découvrit bientôt quelques fées qui, comme elle, n'étaient plus atteintes par la déprimose. Elle décida d'aller leur parler.
- Bonjour, leur dit-elle, vous n'êtes pas déprimées?
-Nous avons toutes été atteintes, lui répondit l'une d'elles prénommée Abricella, et nous avons dépassé la maladie. Un jour, le monde sera délivré lui aussi.
-Que doit-on faire pour libérer le monde? leur demanda Alphabia.
-On ne peut rien faire, sinon attendre et souhaiter le meilleur, répondit Abricella.
-Comment cela? interrogea Alphabia.
-Ce n'est pas compliqué, répondit une autre prénommée Ombrella, la déprimose permet de nettoyer le monde. Les gens de cette terre ne savent pas exprimer leurs souffrances, leurs tristesses et
leurs peurs, de plus ils se chamaillent sans arrêt pour le pouvoir au détriment de leur bonheur. Ainsi, ils refoulent sans cesse à l'intérieur d'eux même leur mal être qui ne cesse de
s'accroître. Plus le temps passe, plus le monde est affecté par cette souffrance profonde que les gens ne peuvent pas exprimer: c'est alors que survient la déprimose.
-Incroyable! s'écria Alphabia
-Ainsi, continua Ombrella, la maladie peut durer des années, voire des siècles mais elle finit toujours par s'arrêter. Lorsque les gens ont la déprimose, ils pleurent, ils souffrent, ils se
plaignent, ils ont mal. En réalité, ils ne font que se libérer de leurs tourments passés. Le monde lui même se délivre, c'est pour cela que le ciel s'assombrit et les nuages menacent. La fin de
l'épidémie est toujours marquée par un violent orage qui s'abat sur la planète entière. Les éclairs se déchaînent, la souffrance du peuple en est plus grande, puis la pluie fait rage et vient
tout nettoyer sur son passage, emportant avec elle le reste du malheur des habitants et le chagrin du monde.
-Ensuite, le soleil revient toujours, continua Alphabia, comprenant ce que sa camarade lui expliquait.
-Bien sûr, répondit Ombrella, le soleil et la joie succèderont à la déprimose. Cette maladie fait rage depuis des millénaires, mais le peuple ne comprend pas son sens. Ainsi, lorsque le monde en
a besoin, elle revient toujours accomplir son œuvre et le rééquilibrer, c'est le cycle de la vie....
Ombrella fut
interrompue par une de ses compagnes:
-Trêve de bavardages! s'exclama cette fée autoritaire. Il est temps de préparer le repas. Qui veut éplucher des pommes d'air?
Ombrella, Alphabia, Abricella et toutes les autres se mirent à l'ouvrage et partagèrent un merveilleux festin.
Alphabia rejoignit cette compagnie de fées, attendant la fin de la déprimose. Elles étaient là pour observer le monde et lui apporter son soutien pendant cette épreuve. Depuis ce jour, elles
œuvrent ensemble et attendent le bonheur du peuple.
Mais d'ailleurs, ne serais-ce pas un violent orage qui semble poindre à l'horizon?
bisous