Dimanche 24 mai 2009 7 24 /05 /2009 10:26
Il était une fois, une girafe du nom du Ludivine qui avait grandi dans la campagne.
Là d'où elle venait, tout était vert, les girafes vivaient en harmonie avec la nature. Elle habitait dans un petit village de girafes, au milieu de la campagne. Là bas, tout le monde se connaissait, les girafes étaient heureuses de se croiser et de se demander des nouvelles. Pour Ludivine, chaque habitant était comme un membre de sa famille et elle aimait les côtoyer.

Un jour, Ludivine fut invitée par son amie Bernadette à faire une excursion dans la grande ville du pays des girafes. Elles prirent donc le seul bus du village et partirent à l'aventure. Au fur et à mesure que le bus s'éloignait, il y avait de moins en moins de verdure et de nature et Ludivine en fut étonnée.
-C'est normal, lui dit son amie Bernadette, en ville c'est comme ça, il n'y a presque pas d'arbres, presqu
e pas d'herbe. Il y a des grosses maisons partout et on y croise beaucoup de girafes.

Arrivée en ville, Ludivine explora le lieu:
-Beur
k! dit elle, que c'est laid ici! C'est tout gris, ça sent mauvais.... et pourquoi y a-t-il au tant de déchets par terre? Il y a pourtant des poubelles plein les rues?
- Ici,
ce n'est pas comme chez nous, lui dit Bernadette. Chez nous, la nature est toute proche et il est facile de se rendre compte que lorsqu'on jette nos ordures n'importe où, ça la dégrade. En ville, comme il n'y a ni arbres, ni herbe, alors les déchets restent là! Les girafes attendent que quelqu'un les ramasse pour elles, elles se croient les maîtres et elles font n'importe quoi!!!
-Quel dommage, pensa Ludivine, c'est pourtant dans notre nature de girafe de respecter les lieux où l'on vit...

Elle observa ensuite le ciel: il était d'un gris! Elle n'avait jamais vu ça dans sa campagne. Elle pouvait à peine distinguer le soleil, caché derrière un épais nuage de fumée grise.
-C'est bizarre, ce ciel, dit elle à sa camarade. Pourquoi n’est-il pas clair comme chez nous?
-C'est la pollution: ici, il y a beaucoup de voitures, elles produisent de la fumée qui va se mélanger dans l'air. Ainsi, ces fumées recouvrent la ville et le ciel devient tout gris.
-Quel dommage, pensa Ludivine, chez nous c'est si agréable de se déplacer en vélo ou à pied, et le ciel y est tellement bleu. Les girafes de la ville savent-elles ce que c'est que d'observer un beau ciel bleu?

Bernadette avait rendez vous avec deux de ses cousines girafes. Elles se rendirent donc chez l'une d'entre elles pour le déjeuner.
- Voici Georgina et Alfreda, présenta Bernadette. Elles ont toutes les deux grandi ici et ne connaissent pas la campagne d'où nous venons.
-Enchantée, leur dit Ludivine, heureuse de faire de nouvelles rencontres.

A sa grande surprise, Alfreda observa Ludivine de la tête aux pieds et lui jeta un regard hautain.
-Ma pauvre chérie, lui dit-elle, as-tu vu ton look? Enfin! C’est important d'être habillée à la mode! Tu pourrais faire un effort tout de même!
-En plus, tu n'es même pas maquillée, répliqua à son tour Georgina. Comment veux-tu rencontrer un garçon si tu es aussi horrible? Regardes Alfreda, elle est si belle! Tous les garçons du quartier rêvent d'elle.
-Et moi je les trouve trop moches, répondit Alfreda. Moi je préfère l'acteur Drab Tip, lui au moins il est craquant!!!
Ludivine observa Alfreda, qui, lui disait-on, était si belle. Elle ne comprenait pas ce qu'on pouvait lui trouver de particulier. Elle était si maquillée, qu'on ne pouvait même plus voir à quoi elle ressemblait au naturel. Elle avait des vêtements tellement serrés, qu'on se demandait comment elle pouvait être à l'aise pour se déplacer. Quand à ses chaussures! Elles avaient des talons si hauts que Ludivine se serait tordue les quatre chevilles sans effort.

-La notion de la beauté est bien particulière à la ville, se disait Ludivine.
Là d'où elle venait, les girafes étaient naturelles, pas de maquillage, des habits simples et des chaussures confortables. Ludivine trouvait que toutes les girafes de son village étaient belles, elles avaient leur corps de girafe, leur grand cou de girafe, leurs quatre pattes, comme toutes les girafes. Comment pouvait-on croire qu'en étant déguisé, en cachant aux autres à quoi on ressemblait vraiment, on pouvait être plus belle?
- Quel dommage, se dit Ludivine, chez nous les relations sont tellement simples. On apprécie une girafe telle qu'elle est et la beauté primordiale est la beauté de son cœur...

Ludivine déjeuna donc avec les cousines de Bernadette. Elles parlèrent de vêtements, de mode, des dernières nouvelles du monde des girafes people. Ludivine ne savait pas quoi leur dire. Elle n'avait que vaguement entendu parler des girafes people. Elle savait que c'étaient des célébrités, acteurs, chanteurs ou artistes à la mode, mais elle ne voyait pas pourquoi connaître leur vie était si palpitant.
-Quel dommage, se dit Ludivine, chez nous on se raconte nos vies, on aime partager nos dernières aventures et nos tracas. Pourquoi les girafes de la ville s'intéressent-elles tant à des girafes people qu'elles ne connaissent même pas?

Alors, elle se contenta d'avaler son repas: il était fort délicieux d'ailleurs. Il ressemblait à ceux qu'elle connaissait à la campagne. La seule différence qu'elle avait notée était que Georgina l'avait sorti d'une grosse boite en fer. Ludivine avait trouvé ça curieux, chez elle le repas était préparé avec les légumes du jardin. Mais comme en ville il n'y avait pas de jardin, les girafes devaient trouver leur no
urriture dans des boites.

Puis, Bernadette emmena Ludivine partager ses activités préférées à la ville. Elles allèrent au cinéma, au musée, au bowling... Il y avait des tas de choses à faire et Ludivine apprécia grandement.
-Quel dommage, se dit Ludivine, que nous n'ayons pas toutes ces activités chez nous. Elles permettraient de donner un peu plus de rebondissement à notre quotidien...

C'est ainsi que Ludivine découvrit la ville. Elle fut bien contente d'être de retour dans son petit village, retrouver tous les habitants qui sont comme une famille pour elle. En ville, personne ne se connaît, les girafes se passent à côté sans même se regarder ni se dire bonjour. Parmi les girafes de la ville, elle s'était sentie vraiment perdue.

Elle raconta son aventure à ses autres amies girafes. Ensemble, elles discutèrent des questions que se posait Ludivine.
Comment oublier l'importance de la nature au point d'abandonner ses déchets n'importe où et de polluer l'air au point qu'il soit irrespirable? Doit-on vraiment être à la mode pour être beau? Est-ce plus important de parler des girafes people que de partager ce que l'on vit au quotidien? Est-ce mieux de manger des légumes en boite plutôt que de son jardin?

Le débat fut riche et agité. Chacun avait un avis différent sur ces questions. Je crois d'ailleurs que même aujourd'hui, elles en discutent encore. Peut être un jour, lorsque vous passerez près du village des girafes, aurez vous l'occasion de pouvoir en discuter avec elles et leur donner votre avis...

 

Par Dreaming Floflo - Publié dans : Contes du pays des animaux - Communauté : Textes à méditer
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